Pour faire écho à l’actualité de cette rentrée scolaire, je vous propose un ensemble de ressources pour éclairer l’interdiction des téléphones portables dans les établissements scolaires ainsi que les débats sur l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Vous trouverez ensuite les rubriques habituelles : les dernières acquisitions de la bibliothèque, les nouvelles vidéos disponibles ainsi que les informations récentes sur le réseau des IREM.

Focus « Enfants, adolescents et numériques : quelques repères »

Contexte

Depuis l’adoption en Australie en décembre 2025 d’une loi obligeant certaines plateformes à empêcher les moins de 16 ans de posséder un compte, les initiatives visant à encadrer l’accès des mineurs aux plateformes se multiplient. L’Indonésie et la Malaisie ont suivi en 2026. En Europe, le Digital Services Act rentré en vigueur en 2024 encadre les plateformes en ligne, dont les réseaux sociaux. Une harmonisation des règles concernant leur accès aux mineurs est actuellement à l’étude.

Quels sont les effets de ces interdictions ? Il est encore trop tôt pour mesurer leurs conséquences à long terme. En Australie (eSafety, Barnes 2026, Bilston 2026), 3 mois après l’entrée en vigueur de l’obligation d’âge minimum sur les réseaux sociaux, la proportion des moins de 16 ans disposant d’un compte sur les réseaux sociaux est passée de 52,4% à 42,1%. Le sentiment de « manquer quelque chose » en n’utilisant pas les réseaux sociaux a également diminué, de 43,3% à 36,3%. Mais ces premiers résultats restent modestes : la part des jeunes utilisant une plateforme a peu diminué, passant de 85,9% à 81,5%. Cette persistance de l’usage pourrait s’expliquer par différents moyens de contournement : fausses déclarations d’âge, utilisation sans compte ou recours à un VPN.

Parallèlement à ces évolutions légales, un mouvement citoyen, Smartphone Free Childhood, milite en faveur d’un accès plus tardif au smartphone afin de faire l’expérience d’une enfance moins centrée sur les écrans et les réseaux. Il repose sur l’idée que si suffisamment de familles s’accordent pour retarder le premier smartphone de leur enfant, ne pas en avoir ne sera plus synonyme d’isolement ou de mise à l’écart. Né au Royaume-Uni en 2024, le mouvement s’est depuis étendu à d’autres pays. Le documentaire Portable : la révolte des parents revient sur cette mobilisation en Espagne.

Fait marquant de l’été 2026 : Meta, accusé d’avoir favorisé l’addiction des mineurs à ses réseaux sociaux par plusieurs États américains, a conclu un accord de plus de 16 milliards de dollars pour échapper à son procès. Ce règlement est assorti d’engagements de transformation des fonctionnalités sur Instagram et Facebook. Cet accord pourrait avoir des répercutions au niveau international.

La situation en France

En cette rentrée scolaire 2026, l’interdiction d’utiliser le téléphone portable déjà applicable depuis 2018 dans les écoles et les collèges, est étendue aux lycées. Cette interdiction vise principalement à améliorer la concentration des élèves et leur bien-être ainsi que de favoriser les échanges entre eux.

À ce sujet, les premiers résultats de ce type d’interdiction ont été publiés dans une étude menée en Angleterre, comparant des établissements avec et sans restriction de l’usage du téléphone à l’école (Goodyear 2025). Elle ne met pas en évidence d’effet significatif sur les résultats scolaires et la réduction de l’utilisation du téléphone à l’école ne semble pas se traduire par une diminution de son utilisation globale. Une revue de 22 études (Campbell 2024) nuance ce constat. Certaines études indiquent une amélioration des résultats scolaires chez les élèves en difficulté et ceux issus de milieux défavorisés. En revanche, les effets sur le bien-être des élèves sont peu concluants.

Par ailleurs, à la suite notamment des rapports Enfants et écrans, à la recherche du temps perdu (2024), et Les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (2025), une loi visant à protéger les mineurs des risques liés aux réseaux sociaux a été promulguée. Son article interdisant l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans a été censuré par le Conseil constitutionnel. Cette interdiction n’est donc pas, à ce stade, applicable.

Quelques chiffres

En France, selon l’INSEE (2025), 30% des jeunes adultes (18-24 ans) déclarent passer 6 heures ou plus devant un écran, hors raisons professionnelles ou éducatives (13% pour les 45-69 ans) et 29% déclarent se connecter plusieurs fois par heure aux réseaux sociaux (4,7% pour les 45-69 ans). Chez les enfants (UNICEF), 27% utilisent déjà un écran numérique à 2 ans et cette proportion atteint 54% à l’âge de 5 ans et demi. Le temps d’écran quotidien estimé est de 53 minutes à 2 ans et de 92 minutes à 5 ans et demi. Entre 6 et 10 ans, 46% possèdent déjà un smartphone et 67% des 8-10 ans déclarent être inscrits sur des réseaux sociaux. Chez les adolescents, selon l’OMS (2024), 11% montrent des signes de comportement problématique vis-à-vis des médias sociaux au sens de comportements pouvant relever de l’addiction. Par ailleurs, 34% d’entre eux jouent quotidiennement à des jeux numériques dont 22% pendant au moins 4 heures.

Pour quels effets ?

Le numérique est une composante ordinaire de la vie des enfants. Il peut favoriser les apprentissages (apprentissage collaboratif, plateformes pédagogiques), la créativité (vidéo, musique), les loisirs et les liens sociaux. Il expose également les jeunes à des risques : cyberharcèlement (rapporté par 28% des collégiens et 23% des lycéens, INSEE 2025), exposition à des contenus inappropriés, atteintes à la vie privée, désinformation, usage excessif et perte de contrôle.

Les recherches scientifiques s’intéressent à de nombreux effets potentiels de l’exposition aux écrans et aux usages numériques, notamment : les manifestations de colère et de frustration (Fitzpatrick 2024), les capacités cognitives (Reid 2026), le langage (Madigan 2020, Nwachukwu 2025), l’apprentissage à partir de contenus numériques et le rôle de l’accompagnement d’un adulte (Taylor 2024), le développement de la petite enfance (Sticca 2025), le développement émotionnel et comportemental (Teague 2026), la santé mentale (Robert 2023, Fassi 2024, Teague 2026, Tølbøll  2026), le sommeil (Brozatus 2026), la santé physique (Haghjoo 2022, Priftis 2023), l’usage problématique et les comportements addictifs (Banyai 2017, Sahu 2019).

Préconisations

Les travaux scientifiques et institutionnels (IH2EF 2024, OCDE 2025, OFDT 2026) invitent à dépasser l’opposition entre « écrans bénéfiques » et « écrans dangereux ». Leurs effets varient selon l’âge, les activités pratiquées, l’accompagnement familial et scolaire, ainsi que les situations sociales et personnelles des enfants. Les enquêtes montrent par exemple que les enfants dont les parents sont moins diplômés passent en moyenne plus de temps devant les écrans (Enabee 2022).

Un usage adapté des écrans peut être bénéfique pour apprendre, communiquer et s’ouvrir sur le monde. A l’inverse, selon le modèle de vulnérabilité différentielle, une utilisation excessive peut devenir délétère pour des personnes présentant des vulnérabilités, psychologiques, familiales ou sociales (Touitou 2024, OFDT 2026). Un autre facteur de risque est la technoférence parentale, concaténation des mots « technologie » et « interférence », c’est-à-dire l’interruption ou l’appauvrissement des interactions parent-enfant lorsque le parent est absorbé par son téléphone (Clément 2020).

La responsabilité de la protection ne doit pas reposer uniquement sur les enfants et leurs familles mais aussi sur les pouvoirs publics et les plateformes : les pouvoirs publics en organisant la formation des enseignants, des parents et des enfants, les plateformes en modifiant leur conception (notifications, algorithmes de recommandation, fonctionnalités addictives).

Quelques repères de prévention (Ministère de la santé 2025) : sanctuarisation du sommeil et des repas, absence d’écran dans la chambre la nuit, pas d’écran avant 3 ans puis un usage très limité jusqu’à 6 ans, absence de téléphone personnel avant 11 ans puis un usage d’un téléphone sans accès à internet jusqu’à 13 ans, accès retardé aux réseaux sociaux, reconnaissance du trouble du jeu vidéo dans la classification mondiale des maladies de l’OMS.

Ressources de vulgarisation à écouter ou à voir

Faut-il interdire les smartphones aux enfants ou leur apprendre à les utiliser intelligemment ? Les études insistent sur l’importance du dialogue, de la pédagogie et de la concertation avec les enfants et les adolescents. Pour mieux comprendre les mécanismes qui influencent nos usages et favoriser un usage éclairé et maîtrisé des écrans et du numérique, je vous propose un ensemble de ressources, à écouter ou à regarder.

Podcast

Documentaires (* indique que les films sont en accès libre)

  • Dopamine – Comment les applis piègent notre cerveau ?* (2023), construit autour d’interviews de chercheurs, d’archives et d’expériences mises en scène de façon ludique, ce documentaire explique comment certaines fonctionnalités des applications sont conçues pour être addictives, et propose des solutions nous permettant de reprendre le contrôle de notre temps.
  • Childhood 2.0 (2020), des jeunes témoignent de leurs expériences face à l’anxiété au cyberharcèlement à la dépression et à la pression des réseaux sociaux. Ce documentaire permet de montrer ce qu’il se passe derrière les statistiques. Le film abordant la pornographie et les prédateurs en ligne, l’âge recommandé pour le voir est de 13 ans.
  • Génération écran : génération malade ?* (2020), que peut nous expliquer la science actuelle sur les effets de notre addiction aux écrans ? Quelles populations sont les plus touchées ? Quels sont les impacts sur les enfants et adolescents et pour quelles conséquences sur leur avenir ? Experts, témoins et recherches scientifiques apportent des réponses à ces questions.
  • The Social Dilemma (2020), ce film met en lumière grâce à des témoignages d’anciens employés de Google, Facebook, Twitter et Pinterest, les fonctionnalités des plateformes conçues pour capter l’attention et les enjeux liés à leur modèle économique fondé sur l’exploitation des données des utilisateurs.
  • The Great Hack (2019), ce documentaire révèle comment les données personnelles de millions d’utilisateurs de Facebook ont été collectées et utilisées par Cambridge Analytica (société d’analyse de données). Il montre que derrière la gratuité des plateformes se cache un modèle économique fondé sur l’exploitation de nos données personnelles et de notre attention.
  • Screenagers (2016), ce documentaire suit des familles qui cherchent à mieux gérer le temps devant les écrans. Il montre que souvent le dialogue peut être plus efficace que les interdictions.
  • Mes réseaux sociaux et moi* (2015), court métrage sur le phénomène des réseaux sociaux du point de vue des adolescents Canadien.

Si vous souhaitez consulter davantage de littérature scientifique je vous invite à consulter PubMed, moteur de recherche spécialisé dans le domaine de la médecine et de la santé. Pour les ressources de vulgarisation, le site Educ’Arte propose également de nombreux contenus sur le sujet.

Les nouveautés de la bibliothèque

Don Jean-Yves Ducloux

L’ensemble des ouvrages issu du don de Jean-Yves Ducloux est à présent catalogué. Cela représente 42 nouveaux ouvrages ainsi que 38 ouvrages déjà au catalogue de la bibliothèque qui ont permis soit de remplacer des exemplaires usagés, soit de disposer d’un exemplaire supplémentaire.

Les nouvelles acquisitions

Les nouveaux manuels scolaires de mathématiques (édition 2026)

Les tiroirs d’Audrey

Séminaire du réseau des IREM

Télé-séminaire International des IREM

Séminaire National de Didactique des Mathématiques ARDM (mars 2026)

Le Math Club

Réseau des IREM

Colloques

  • Le 4 novembre 2026 aura lieu le prochain séminaire des IREM à Strasbourg et en visio sur le thème Algèbre au collège.
  • Du 15 au 19 novembre 2027, l’Association Africaine de Didactique des Mathématiques (ADiMA) organise son 5ème colloque. Il se tiendra à Libreville (Gabon).
  • Du 27 au 9 mai 2027, le 27ème colloque de la CII Épistémologie et histoire des mathématiques aura lieu à l’université de Caen Normandie sur le thème Mathématiques de quelque part

Publications

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